Paroisse Saint Vincent Blaye-Bourg
Parcours : « Aimer Davantage Dieu et son prochain »
7 octobre 2025
« Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime. » Isaïe 43,4
1 – Qui est Isaïe ?
Un prophète : un homme appelé par Dieu, qui peut prédire l’avenir, Isaïe annoncera la naissance de Jésus en 9,5, et aussi quelqu’un qui explique : si vous continuez comme cela, voilà ce qui risque de vous arriver ! C’est donc quelqu’un qui sait lire ce qui est en train de se passer et qui dénonce les déviations
1.1 – Le livre d’Isaïe fait partie des 72 livres de la Bible, il est situé dans l’Ancien Testament, les écrits juifs avant la naissance de Jésus-Christ.
Il fait partie des « grands » prophètes :
* Grands prophètes (4) : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel.
* Petits prophètes (12) : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahoum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.
1.2- Le livre d’Isaïe, ou « Livre de la consolation».
1.2.1. Proto-Isaïe (chapitres 1–39)
Contexte : Royaume de Juda au VIIIᵉ siècle av. J.-C.
Auteur : le prophète Isaïe ben Amos
Date : env. 740–700 av. J.-C.
Contenu :
• Appels à la conversion et dénonciation des injustices sociales et religieuses.
• Annonces de jugement contre Juda, Israël et les nations voisines (Assyrie, Babylone, etc.).
• Espérance : promesse d’un « Reste » qui sera sauvé.
• Épisodes historiques (guerres contre l’Assyrie, rencontre avec le roi Ézéchias).
1.2.3. Deutéro-Isaïe (chapitres 40–55), dans lequel se situe le passage qui nous intéresse,
Contexte : Exil à Babylone (VIᵉ siècle av. J.-C.), le peuple se sent humilié, abandonné,
Auteur : un prophète anonyme, disciple de l’esprit d’Isaïe.
Date : env. 550–539 av. J.-C. (fin de l’exil, arrivée de Cyrus).
Contenu :
• Paroles de consolation : « Consolez, consolez mon peuple » (Is 40,1).
• Annonce de la libération imminente par Cyrus, roi de Perse.
• Les célèbres Chants du Serviteur souffrant, qui présentent une figure mystérieuse vouée à porter les souffrances des autres.
• Mise en avant de l’universalité du salut : le Dieu d’Israël est aussi Seigneur des nations.
1.2.4. Trito-Isaïe (chapitres 56–66)
Contexte : Retour de l’exil, vie difficile dans Juda (fin du VIᵉ – début du Vᵉ siècle av. J.-C.).
Auteur : plusieurs prophètes anonymes du courant d’Isaïe.
Date : env. 530–500 av. J.-C. (après le retour à Jérusalem).
Contenu :
• Questions de reconstruction du Temple et de la vie religieuse.
• Dénonciation des injustices sociales persistantes.
• Espérance d’un monde renouvelé, avec des images de paix universelle (« le loup et l’agneau paîtront ensemble »).
• Perspective d’un salut qui s’ouvre à toutes les nations.
2 – Qui parle et à qui ?
C’est Dieu qui parle à travers le prophète Isaïe, bien évidemment, dans cette période troublée de l’exil du peuple de Dieu à Babylone, mais quel est ce Dieu et à qui parle-il au juste ? Au peuple hébreux élu, ou au roi Cyrus de Perse qui fera revenir le peuple de l’exil à Babylone, ou à une personne en particulier ?
Pour nous chrétiens, qui recevons ce texte après la Révélation, dans la lumière de la Résurrection de Jésus-Christ dont la venue a été annoncée dans l’ancien testament, c’est le Dieu trinitaire qui nous parle, et qui aujourd’hui ME parle, lui qui est Père, Fils et Esprit Saint. C’est le Dieu éternel, de toujours, lui le créateur du ciel et de la terre, et aussi MON créateur. Dieu parle au peuple, il peut aussi parler à ce roi qui a fait le bien, mais là tout de suite il ME parle.
3 – Pourquoi ai-je du prix aux yeux de Dieu ?
3.1 – Parce que je suis créé à l’image et à la ressemblance de Dieu
Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, Gn 1,26
Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme, Gn 1,27
Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour. Gn 1, 31
Dieu nous aime non parce que nous sommes parfaits, non parce que nous allons à la messe tous les dimanches et respectons bien scrupuleusement les commandements, mais parce que nous sommes ses ENFANTS.
De plus, JE suis créé unique, singulier, je ne suis pas la photocopie de mon voisin ! Nous pouvons même dire et affirmé que nous sommes « le préféré » de Dieu ! Il n’y a que Dieu qui peut ainsi préférer chacun. Et sa préférence est toujours accompagnée d’un « parce que… » Tu es mon préféré parce que tu as souffert, parce que tu es pauvre, parce que tu luttes… ou parce que ta vie est belle à la suite du Christ.
En ce sens, j’ai une valeur inestimable, parce que j’ai des dons particuliers, qui me sont propres. Ma personnalité, unique, est créée pour entrer dans le grand concert de l’humanité, pour donner ma note propre, comme chaque instrument d’un orchestre. Telle personne sera artiste, une autre comptable, une autre jardinier, une autre époux, épouse, prêtre, religieuse, etc…
Jésus nous a racheté, comme celui qui a trouvé la perle précieuse, que nous sommes tous, pour acheter cette perle de grand prix : Mt 13, 45-46.
Comme l’écrivait Saint Augustin dans les Confessions, I,1 : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».
Ou encore Saint Grégoire de Naziance, Discours 40 : « Reconnais ta dignité, toi qui es image de Dieu, gloire de Dieu, temple du Saint-Esprit ».
Et enfin, Saint Jean Chrysostome, Homélie sur l’Évangile de Matthieu, 60,3 : « Dieu aime chacun de nous autant qu’il aime tous les hommes ensemble ».
3.2 – Parce que je suis pardonné de mes péchés et de la mort, parce que je suis créé libre pour Aimer
Par son offrande libre sur la Croix, Jésus nous sauve du péché et de la mort. Quand on est attaché par le péché, ligoté, emmuré par la colère, l’avarice, l’envie, l’orgueil, la gourmandise, la paresse, la luxure (liste des péchés capitaux, cf. CEC n° 1866), nous ne sommes pas libre, comme le prisonnier menotté qui n’est libre de ses mouvements, nous ne sommes pas libre pour aimer.
Mon péché, il est toujours là . « Ma faute est toujours devant moi » dit le Psaume 50. Même s’il est pardonné, il n’est pas effacé, il est dépassé, et ce n’est pas pareil. Le Christ, par sa mort, a vaincu le mal, c’est-à-dire qu’il m’offre un avenir autre, au-delà de mes fautes !
Jésus vient briser ces liens, les couper, pour que nous marchions vers nos frères souffrants, que nous gambadions pour louer Dieu, que nos mains soient libres pour faire le bien, notre langue libre pour dire des paroles réconfortantes, bref, libres pour aimer.
3.3 – Pour cela, l’homme, la femme, doit choisir entre le bien et le mal, une très vieille histoire commencée au jardin d’Eden :
« Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Gn, 2, 17
« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance ». Dt 30, 19
Dieu m’invite à choisir la Vie, il ne me l’impose pas, je ne suis pas sa marionnette. J’ai le choix, je peux me prendre pour Dieu, me prendre pour ma propre origine et ma propre fin, rejeter Dieu. Dieu en souffre d’ailleurs, en silence, mais il l’accepte. Mais l’homme ne peut pas trouver le vrai bonheur, la vraie Joie, la vraie Paix en dehors de Lui et Lui seul.
4 – Comment savoir que j’ai vraiment du prix aux yeux de Dieu ? Où en trouver la preuve ?
4.1 – Revenir inlassablement à l’incarnation de Jésus, à sa vie donnée pour nous, pour MOI, à son acceptation de monter sur la Croix, à sa Résurrection, au don de l’Esprit Saint.
Je peux rattacher ce verset d’Isaïe aux quatre versets qui ont été proposés à la méditation, ceux issus de l’Evangile de Saint Jean, le disciple bien aimé :
Jean 3,16 : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la Vie Eternelle »,
* Jean 10,10 : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la Vie en abondance »,
* Jean 14,27 : « Je vous laisse la Paix, je vous donne ma Paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé »,
* Jean 17,13 : « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma Joie, et qu’ils en soient comblés ».
Dieu en Jésus donne la vraie Joie, la vraie Paix, la Vie Eternelle, il se donne LUI-MEME tout entier, dans ce mystère source et sommet de toute vie chrétienne : l’EUCHARISTIE.
4.2 – Si cela ne me suffit pas, car peu loin, pas assez concret pour l’instant, je me plonge dans la vie des saints qui ont marché à la suite de Jésus, en commençant par Marie qui a dit OUI. Je peux aussi regarder autour de moi les personnes « saintes » qui m’inspirent. Si je suis récalcitrant à croire, si j’ai trop de souffrances à cause des blessures de mon enfance, si j’ai perdu la confiance en moi parce que je n’ai ni été aimé, ni reconnue depuis ma tendre enfance, je peux regarder tous ces saints qui eux aussi ont vécu de grandes épreuves, mais qui ayant découvert l’Amour de Dieu, ont transcendé leurs malheurs et se sont donnés totalement à LUI et aux AUTRES.
4.3 – Pour découvrir cette « économie du salut », cette Bonne Nouvelle, un seul chemin, suivre Jésus pas à pas, entrer dans une relation intime avec LUI. Si en moi la résistance à croire continue, je dois me jeter avec une grande confiance dans les bras de Jésus, et l’implorer de me faire sentir que je suis vraiment aimé, que j’ai du prix à ses yeux, que je compte pour lui, que je ne suis pas une merde.
Comme l’écrivait encore Saint Augustin dans la Confessions, X, 27 : « Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée ! Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais dehors ».
Ou encore Saint Bernard de Clairvaux : « La mesure de l’amour de Dieu, c’est d’aimer sans mesure ».
5 – Quelles conséquences dans ma vie de tous les jours ?
5.1 – Je fais le plein de cette certitude que j’ai du prix aux yeux de Dieu dans les moments de grandes joies : une naissance dans ma famille, une très bonne nouvelle, la contemplation d’un très beau paysage, un temps de prière particulièrement riche qui m’a consolé. Tout cela je le garde dans mon cœur, comme le faisait Marie, en Luc 2,19 : après la visite des bergers à Bethléem : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » Je loue ainsi le Seigneur tous les jours de ma vie. Ps 150
5.2 – Dans les moments de déprime, quand je reçois une mauvaise nouvelle, quand mon chef, un voisin, mon conjoint, un enfant, mon curé, me fait des reproches quand j’ai un coup dur, le moral en baisse, je puise alors l’Espérance, le réconfort dans ce réservoir que j’ai rempli, pour ne pas tomber dans le désespoir et chercher ensuite des plaisirs futiles pour compenser ma frustration, ma tristesse : alcool, addictions, écrans de portable, etc…. mais plutôt le chapelet, l’adoration, la lectio divina, contempler un paysage, aller voir un ami, me détendre, etc…
5.3 – Quand je suis confronté à des réactions hostiles, à des personnes énervées, désagréables, je me rappelle que cette personne, tout comme moi a aussi du prix aux yeux de Dieu, car nous sommes tous enfants de Dieu, cela m’aide à prendre du recul, à ne pas réagir aussitôt :
* Malachie 2,10 : « N’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? »,
* Galates 3,26 : « Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ».
Non, Dieu ne veut pas mon malheur, Non, Dieu ne me punit pas, il ne m’envoie pas des gifles.
Je termine par une libre louange, la prière par excellence de tout chrétien, qui loue Dieu pour ce qu’il est !
Terminons par cette belle maxime de St Irénée de Lyon (Contre les hérésies, IV,20,7) : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».
Le livre proposé : « Les Confessions de Saint Augustin ».